L’interview de Nicolas Sarkozy par l’Obs ayant suscité l’ire d’une grande partie de ma profession, j’ai pensé amusant de remonter aux origines de notre cher journalisme de cour, si prisé en France.
On attribue la paternité de la presse française à Théophraste Renaudot. Issu d’une famille modeste, Renaudot est médecin de formation. Par le hasard des rencontres, il devient médecin ordinaire de Louis XIII et commissaire général des pauvres du royaume (avouez que l’expression est jolie). En 1625, il entre au Conseil de Richelieu et c’est en 1631 qu’il lance la Gazette. Quelques mois auparavant, les libraires parisiens avaient sorti une feuille d’information. Mais Théophraste bénéficie du soutien de Richelieu qui a décidé de faire de son journal un organe de propagande (eh oui, déjà). Il décroche donc le monopole de cette innovation, la presse. La Gazette publie essentiellement des nouvelles des cours étrangères. Dans son excellent livre, Les impatients de l’histoire, Jean Lacouture explique ainsi ce choix de traiter l’actualité internationale : « Le père Joseph aussi bien que Richelieu, jugeaient moins risqué d’évoquer les querelles au sein de la Cour ottomane que celles qui agitent le Louvre, et les altercations entre princes rhénans que les foucades de Condé ou de Gaston d’Orléans. Plus d’Europe que de quartier latin, et de mamamouchis que de petits marquis ». Songez donc qu’à l’époque, raconte Jean Lacouture, les lecteurs étaient éblouis que la nouvelle de la prise d’une ville proche de Babylone par le roi de Perse parvienne à Paris en moins de 50 jours !
Allons, je dois avouer que je suis bien injuste de faire remonter le journalisme de cour à Renaudot. A son époque, une telle influence du politique était compréhensible. Je trouve intéressant de reproduire ici ses propos sur la presse, tels que rapportés par Jean Lacouture. Vous verrez qu’il s’interroge déjà sur des sujets qui continuent aujourd’hui de faire débat et notamment le rapport des journalistes à la vérité ou encore leur fâcheuse habitude de tout traiter en urgence. Ah ! Si Théophraste voyait ce que sa création est devenue !
« Guère de gens ne remarquent la différence qui est entre l’Histoire et la Gazette…l’Histoire est le récit des choses advenues ; la Gazette, seulement du bruit qui en court. La première est tenue de dire la vérité ; la seconde fait assez si elle empêche de mentir. Et elle ne ment pas, même quand elle rapporte quelque fausse nouvelle qui lui a été donnée pour véritable. Il n’y a donc que le seul mensonge qu’elle controuverait à dessein qui la puisse rendre digne de blâme…
En une seule chose ne céderai-je à personne : en la recherche de la vérité, de laquelle néanmoins je ne me fais pas garant, étant mal aisé qu’entre 500 nouvelles écrites à la hâte, d’un climat à l’autre, il n’en échappe quelqu’une à nos correspondants qui mérite d’être corrigée par son père le Temps ; mais encore se trouvera-t-il peut-être des personnes curieuses de savoir qu’en ce temps-là tel bruit était tenu pour véritable…
Cette liberté de reprendre n’étant pas le moindre plaisir de ce genre de lecture, et votre divertissement étant l’une des causes pour lesquelles cette nouveauté a été inventée, jouissez donc à votre aise de cette liberté française, et que chacun dise hardiment qu’il eût osé ceci ou changé cela »….(Théophraste Renaudot).
Note : Dans Les impatients de l’histoire, sorti cette année, Jean Lacouture dresse le portrait de 14 grands journalistes français, de Théophraste Renaudot à Jean Daniel en passant par Camille Desmoulins, Beuve-Mery et Giroud. Un livre fort intéressant.
Retrouvez les articles d'Aliocha sur son blog
On attribue la paternité de la presse française à Théophraste Renaudot. Issu d’une famille modeste, Renaudot est médecin de formation. Par le hasard des rencontres, il devient médecin ordinaire de Louis XIII et commissaire général des pauvres du royaume (avouez que l’expression est jolie). En 1625, il entre au Conseil de Richelieu et c’est en 1631 qu’il lance la Gazette. Quelques mois auparavant, les libraires parisiens avaient sorti une feuille d’information. Mais Théophraste bénéficie du soutien de Richelieu qui a décidé de faire de son journal un organe de propagande (eh oui, déjà). Il décroche donc le monopole de cette innovation, la presse. La Gazette publie essentiellement des nouvelles des cours étrangères. Dans son excellent livre, Les impatients de l’histoire, Jean Lacouture explique ainsi ce choix de traiter l’actualité internationale : « Le père Joseph aussi bien que Richelieu, jugeaient moins risqué d’évoquer les querelles au sein de la Cour ottomane que celles qui agitent le Louvre, et les altercations entre princes rhénans que les foucades de Condé ou de Gaston d’Orléans. Plus d’Europe que de quartier latin, et de mamamouchis que de petits marquis ». Songez donc qu’à l’époque, raconte Jean Lacouture, les lecteurs étaient éblouis que la nouvelle de la prise d’une ville proche de Babylone par le roi de Perse parvienne à Paris en moins de 50 jours !
Allons, je dois avouer que je suis bien injuste de faire remonter le journalisme de cour à Renaudot. A son époque, une telle influence du politique était compréhensible. Je trouve intéressant de reproduire ici ses propos sur la presse, tels que rapportés par Jean Lacouture. Vous verrez qu’il s’interroge déjà sur des sujets qui continuent aujourd’hui de faire débat et notamment le rapport des journalistes à la vérité ou encore leur fâcheuse habitude de tout traiter en urgence. Ah ! Si Théophraste voyait ce que sa création est devenue !
« Guère de gens ne remarquent la différence qui est entre l’Histoire et la Gazette…l’Histoire est le récit des choses advenues ; la Gazette, seulement du bruit qui en court. La première est tenue de dire la vérité ; la seconde fait assez si elle empêche de mentir. Et elle ne ment pas, même quand elle rapporte quelque fausse nouvelle qui lui a été donnée pour véritable. Il n’y a donc que le seul mensonge qu’elle controuverait à dessein qui la puisse rendre digne de blâme…
En une seule chose ne céderai-je à personne : en la recherche de la vérité, de laquelle néanmoins je ne me fais pas garant, étant mal aisé qu’entre 500 nouvelles écrites à la hâte, d’un climat à l’autre, il n’en échappe quelqu’une à nos correspondants qui mérite d’être corrigée par son père le Temps ; mais encore se trouvera-t-il peut-être des personnes curieuses de savoir qu’en ce temps-là tel bruit était tenu pour véritable…
Cette liberté de reprendre n’étant pas le moindre plaisir de ce genre de lecture, et votre divertissement étant l’une des causes pour lesquelles cette nouveauté a été inventée, jouissez donc à votre aise de cette liberté française, et que chacun dise hardiment qu’il eût osé ceci ou changé cela »….(Théophraste Renaudot).
Note : Dans Les impatients de l’histoire, sorti cette année, Jean Lacouture dresse le portrait de 14 grands journalistes français, de Théophraste Renaudot à Jean Daniel en passant par Camille Desmoulins, Beuve-Mery et Giroud. Un livre fort intéressant.
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